Instinct de père: Touche pas à mon fils

Ça c’est passé samedi dernier, alors que nous étions à la fête du village. Depuis bientôt 2 ans que je suis papa, jamais je n’avais constaté que j’étais capable de ça. Deux gamins de 5 ou 6 ans jouaient au ballon et l’un d’entre eux dit en parlant de mon fils « On dit qu’il a pas le droit de toucher au ballon ». Il commence à jeter la balle par dessus mon fils vers son copain en lui jetant un « allez, va chercher ».

C’est là que j’ai explosé. Et pour être franc, le fait de le raconter à nouveau me fait bouillir tout autant. J’ai plutôt la réputation d’être un gars calme et posé, qui ne s’emporte jamais mais là, j’en ai même surpris ma femme.

Alors que deux parties de belote nous séparaient de la scène j’ai levé la voix en incendiant littéralement le gosse qui n’a pas compris ce qui lui tombait dessus, à coups de « A qui tu parles comme ça ? A un chien ? A qui on dit va chercher ? »

Grand silence dans l’assemblée d’une trentaine de personnes (oui nous vivons dans un immense village!!) qui n’avait pas suivi ce qui se passait à l’autre bout de la salle. J’en reviens à ma partie de scrabble alors que Fils de Famille cours vers moi pour monter dans mes bras.

Impossible de me calmer. C’est la première fois que ça me fait ça. J’ai l’impression d’avoir franchis un cap dans ma paternité. Si je constate depuis sa naissance que mon fils est vulnérable, je découvre aujourd’hui qu’il est exposé aux autres et qu’ils ne seront pas toujours aussi aimant que moi.

A deux pas de la surprotection

Alors je me suis demandé si j’en avais fait trop, tout en admettant que je m’étais transformé en bête sauvage en l’espace de 3 secondes et qu’il n’aurait pas pu en être autrement.

Est-ce que ce comportement est la manifestation d’une surprotection ? Deux jours après, comme pour me faire culpabiliser, je lis cet article selon lequel « une parentalité négligente, violente ou surprotectrice est associée à un risque accru de victimisation à l’école ». Par extrapolation (tu sais que j’aime ça), que tu oublies de nourrir ton enfant pendant 10 jours, que tu le frappes au quotidien en l’insultant jusque dans son sommeil ou que tu le surprotèges (mon cas?), ton enfant risque plus d’être victimisé. C’est en fait une large extrapolation car les chercheurs Londoniens qui ont mené cette étude présentent des tailles d’effets selon que l’enfant soit exposé à la négligence , la violence ou la surprotection tel que ci dessous.

– Des parents violents ou négligents (taille d’effet de « 0,31 »),
– Des difficultés de parentalité (0,27),
– Une surprotection (0,10)

Rassures-toi, il existe aussi des manières de réduire ce risque de victimisation

– Une parentalité positive (-0.19) (tu peux lire mon article sur la paternalité positive)
– Une autorité (sans violence)  (-0.19),
– Une bonne communication parent-enfant (-0.12),
– Une participation des parents et un soutien (-0.22),
– Une supervision ou un contrôle parental (-0.16),
– Chaleur et affection (-0.22).

La parentalité est-elle une science ?

Je trouve ce genre d’étude bien trop pragmatique. Avec ce système de score, on arriverait presque à penser que des parents violents (score de 0.31) qui apportent un soutien (- 0.22) et un contrôle parental (-0.16) sont finalement de bons parents (score final positif de 0.07)

Ou encore que, surprotection sans chaleur et affection n’existant pas (je ne pense pas me tromper), celle-ci n’a donc pas vraiment d’impact négatif sur la victimisation de l’enfant (0.10 – 0.22).

Bref, la parentalité, c’est compliqué. Si je suis convaincu que l’amour pour son enfant est inné, je pense que je n’ai pas fini de me remettre en question. C’est toujours compliqué de savoir où poser ses propres limites au profit de l’enfant, de se dire qu’il va devoir souffrir un peu pour être plus fort. J’assume complètement ma réaction mais je ne suis pas persuadé qu’elle soit appropriée. Je me dis que tant que mon fils ne peut pas se défendre seul, nous devons être là pour lui. Il grandit tellement vite que j’espère être en mesure de voir quand il sera en mesure de se défendre tout seul…

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